BD : Kongo

Auteurs : Tirabosco et Perrissin
Editeur : Futuropolis

On retrouve le style si caractéristique du genevois Tom Tirabosco, avec sa technique du monotype : ce trait charbonneux et ces masses claires ressortant du fond foncé lui réussissent toujours aussi bien. Mais contrairement à ses précédents ouvrages, où les ambiances fantastiques n’étaient jamais bien loin (cf. L’œil de la forêt, La fin du monde ou Sous-Sols) et où l’on pouvait encore trouver des influences de dessin "jeunesse", ses personnages semblent ici de facture plus classique, davantage en adéquation avec le récit de voyage historique recomposé par Christian Perrissin (l’auteur de Martha Jane Cannary, biographie en trois BD de Calamity Jane).

En 1890, Joseph Conrad, capitaine au long cours de la marine britannique, fût envoyé en mission par une compagnie belge, "pour le développement du territoire congolais et la libération des populations de leurs mœurs effroyables". On le suit durant son long périple plein de rudesse, de climat insupportable, de flore et de faune hostile, de rencontres désagréables et de désillusions : les beaux discours inaugurant sa mission cachaient une réalité d’exploitation et de trafic de richesses (parmi lesquelles l’ivoire) ; il assiste à des traitements inhumains d’esclaves ; et pour couronner le tout, le poste promis de commandant de bateau lui passera sous le nez. Sa si chère tante, pour qui il semble éprouver des sentiments ambigus, lui manque terriblement et il lui écrira souvent.

Conrad deviendra ensuite romancier et s’inspirera d’ailleurs de cette expérience traumatisante pour écrire Au cœur des ténèbres (1899), célèbre nouvelle qui inspira fortement – entre autres - deux films mythiques : Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog (avec l’inoubliable performance de Klaus Kinski, 1972) et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979). Même lenteur, même sentiment étouffant.

Kongo présente une lecture "carnet de bord" qui n’est pas exempte de longueurs - logiques -, mais surtout un témoignage historique magnifié par de superbes planches en noir et blanc.

Chronique par Jean Alinea