BD-reportage : Un printemps à Tchernobyl

Auteur : Lepage
Editeur : Futuropolis


Dessinateur globe-trotter et engagé, Emmanuel Lepage poursuit son travail effectué dans le carnet de voyage Les fleurs de Tchernobyl (réalisé avec Gildas Chasseboeuf, réédité par La Boîte à Bulles), en transposant cette expérience forte en bande dessinée.

En 2008, Lepage relevait en effet le défi risqué de se rendre dans la zone irradiée de Tchernobyl, motivé d’une part par la "bonne cause" représentée par les associations "Les enfants de Tchernobyl" et "Dessin’Acteurs", et de l’autre par des besoins personnels : briser cette paroi de verre qui isole trop souvent un auteur de BD du monde et se "refaire la main", dans tous les sens du terme, puisque cette dernière était en souffrance à l’époque.

Le but de l’expédition consistait à relater la vie des survivants de la catastrophe nucléaire, l’état de la faune et de la flore, d’offrir un témoignage différent de ceux que peuvent en faire les scientifiques, techniciens du nucléaire, journalistes et organisations humanitaires.

Adoptant bien entendu les mesures de sécurité élémentaires et contraignantes, l’artiste guette sur place les signes tangibles de désolation et s’interroge beaucoup. Mais cette quête d’authenticité et de dessins sur le vif lui fait progressivement percevoir bien d’autres choses, plus touchantes et plus belles que cette gigantesque tragédie dont les morts sont invisibles, dont les vestiges demeurent muets. Il y a à Tchernobyl de quoi ressentir une peur monstrueuse comme il y a de quoi s’émerveiller, s’ennivrer de vie.

Un livre d’Emmanuel Lepage rime inévitablement avec images impressionantes. Si les trois quarts du livre sont fort empreints de grisaille et de noirceur, la dernière partie contraste avec quelques visuels en couleur qui ressortent d’autant plus.

Si le talent et la démarche sont là, admirables, la lecture n'est pas exempte de longueurs et le rythme de narration d'inégalités. L’ouvrage constitue un documentaire intéressant, mais je me demande si les impressions vécues de l’auteur n’auraient pas été mieux ressenties par le lecteur au travers d’un récit de fiction, comme dans son Muchacho.

Chronique par Jean Alinea


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