BD : Silence

Auteur : Comès
Editeur : Casterman



A la suite de La Balade de la Mer Salée de l'italien Hugo Pratt, une série d'ouvrages des années '70, tels Le Pacte avec Dieu de l'américain Will Eisner, Ici-même des français Jean-Claude Forest et Jacques Tardi ou encore Silence du belge Didier Comès, allaient constituer un nouveau tournant dans l'histoire de la bande dessinée. En sortant de l'habituel carcan de l'aventure en 48 pages, en y insufflant une profondeur psychologique supplémentaire et en invitant un lectorat plus mûr et adulte, le roman graphique était né.
Prépublié dans les pages du magazine (A SUIVRE) en 1979, les planches de Silence présentaient d'abord un type de graphisme inédit, jouant, avec une belle économie de moyens, sur une profondeur atmosphérique du noir et blanc, et ensuite un récit initiatique qui allait marquer les esprits. 

Silence, c'est l'idiot d'un village ardennais malnommé Beausonge. Muet, utilisé pour divers travaux de ferme, il est fondamentalement pur, bon et heureux... jusqu'à ce que resurgisse, (comme) par sorcellerie, dans ce microcosme paysan très terre-à-terre et intolérant, certaines révélations tragiques sur les origines secrètes du jeune homme. Vengeance et sentiments contradictoires le tourmenteront et confrontent le lecteur face aux notions de normalité, d'exclusion et de marginalité... sans manichéisme.

Bien sûr que Silence a pris quelques rides, cela ne l'empêche nullement de rester une oeuvre poignante. 
Un exploit que Comès ne parviendra plus totalement à égaler, même si sa bibliographie comportera d'autres classiques, tels La Belette, aujourd'hui aussi réédité par Casterman dans un format un peu plus grand que celui d'origine. 

Chronique par Jean Alinea