BD : Bouncer (9 tomes parus)

Auteurs : Jodorowsky et Boucq
Editeurs : Les Humanos et Glénat


Comme on avait déjà pu le constater dans la série Face de lune (Casterman), le duo Jodorowsky-Boucq aime jouer sur l’opposition entre la pureté extrême et les travers les plus ignobles dont l’être humain est capable. Pour Bouncer, les compères ont remis ça, dans un contexte néanmoins plus traditionnel : celui du western.

Après une première histoire rondement menée en deux albums, la suivante – composée des tomes 3, 4 et 5 – définit et approfondit davantage les origines du Bouncer, manchot admirable mais brisé par la vie, par la violente désillusion amoureuse ou encore par un job de bourreau qu'il est contraint et forcé d'effectuer. On y ressent de plus en plus  la patte typiquement jodorowskienne, avec des écarts quasi-mystiques assez déroutants. Certains y verront un bémol, mais en ce qui me concerne, ça me plaît ainsi.

Le récit des albums 6 et 7 s'attarde quant à lui sur la faiblesse du héros face à des femmes manipulatrices, sur les notions de désir et de pulsions frustrées, tous ces éléments psychologiques s'intégrant étonnement bien dans un scénario de western, où se mêlent aussi d'habiles références bibliques et bien entendu la brutalité de personnages hauts en couleur.

Virtuose, sans complaisance ni concessions, le dessin de François Boucq gagne dans Bouncer encore davantage en dynamisme et en aération. Le scénariste laisse de la place au dessinateur pour épanouir son talent : scènes extrêmes et paysages grandioses. Un graphisme en pleine maturité, en symbiose avec cet univers du Far-Ouest, et auquel un travail soigné des couleurs (par Nicolas Fructus, puis Sébastien Gérard et Boucq) contribue à donner toute la dimension.

Alexandro Jodorowsky avait déjà révolutionné le western en 1970 avec son film El Topo ; il nous avait déjà habitués à briser des tabous ; à ficeler des intrigues allègrement parsemées d’occultisme et de complexes oedipiens... 
Dans Bouncer, il semble atteindre un nouveau paroxyme du morbide et de l’insoutenable... sans que ce ne soit jamais gratuit. 

Ames sensibles : pas forcément s’abstenir. Une réussite !
      
Chronique par Jean Alinea


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