BD : Polina

Auteur : Bastien Vivès
Editeur : Casterman



Ce beau livre retrace le parcours de la jolie danseuse russe Polina Oulinov (personnage fictif librement inspiré de Polina Semionova), depuis son enfance jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. On y découvre ses amitiés, ses amours et surtout ses rapports avec les différents maîtres qui lui ont permis de faire éclore pleinement son talent et son succès. L’un de ces maîtres conservera toujours une place à part dans l’esprit de la jeune femme : le peu commode et si exigeant Monsieur Bojinski… sûrement celui qui a le plus cru en elle.

Bastien Vivès, qui avait jusqu’ici beaucoup traité de l’émoi amoureux dans les ouvrages dont il signait à la fois dessins et scenarii (Le goût du chlore, Dans mes yeux), conserve cette manière d’aborder les rapports humains principalement au travers de non-dits. Si cela confère beaucoup de nuances aux regards, aux gestes, et met en évidence l’indéniable grâce du dessin, je trouve dommage que les psychologies restent si impénétrables. Aussi jolie soit Polina, aussi loin que nous entrions dans son intimité, elle reste très distante de nous et sa personnalité ne marque pas. Cela, et une thématique qui aurait pu donner lieu à quelque chose de plus romanesque procurent un petit goût de trop peu pour un plus de 200 pages.

Mais heureusement qu’il lui reste encore des progrès à faire, car à 26 ans, sur le plan du dessin, Bastien Vivès coupe le souffle aux bédéphiles amateurs d'Edmond Baudoin ou de Blutch (par exemple) à chaque parution, variant les techniques. Ici trait au pinceau, noir sur blanc, rehaussé de masses en une teinte de gris (à l'ordinateur) donnent un résultat joliment épuré et parfait pour souligner ou suggérer souplesse et légèreté des mouvements.

Je voudrais par contre exprimer ici un coup de gueule qui concerne l’éditeur : ce dernier semble malheureusement vouloir faire l’économie d’un relecteur ! Les livres de la collection KSTR de Casterman ou ceux de l’éditeur Futuropolis, pour ne citer qu’un autre exemple, ont une forme très soignée, assez luxueuse, un prix assez conséquent et c’est d’autant plus impardonnable d’y laisser plusieurs fautes d’orthographe ou d’accords flagrants ! A l’heure où la bande dessinée gagne ses lettres de noblesse, veut-on vraiment donner du pain bénit à ses détracteurs ?

Chronique par Jean Alinea